Sans titre1

TheWebTape rencontre Feu! Chatterton

Solidays, Nuits de Fourvière, Beauregard, Montreux, Musilac ; puis les Francofolies, la veille, devant 10000 personnes… Les Feu! Chatterton débarquent au BIG Festival au milieu d’une tournée estivale à faire bien des envieux. Mais pour l’heure, leur envie à eux c’est d’abord de se rafraîchir et se repaître. Fraichement séchés, entre trois frites et quatre bouchées avalées à la volée. Les cinq garçons pleins d’avenir nous accordent la première de leurs sollicitations en ce samedi après-midi. Rencontre avec Arthur, Séb, Clément, Raphaël et Antoine : quintet plein de têtes bien faites.

TheWebTape (TWT) : Aujourd’hui [samedi 16 juillet, ndlr] est un jour de deuil national. Comment est-ce qu’on parvient à se recentrer sur la scène et la musique après les évènements de Nice ?

Arthur : Ça va plus vite que prévu quand on est musicien. Le rythme de la tournée rend les choses un peu comme ça, le temps se distend de manière étrange. Parce qu’hier on jouait déjà. Sur scène à La Rochelle, ça comptait pour nous. D’autant que dans l’une de nos chansons, on parle de la Côte d’Azur et de la Promenade des Anglais [La Mort dans la Pinède, ndlr]. Donc on ne pouvait pas ne pas évoquer ça… Etrangement la musique c’est un vrai vecteur, un moyen d’évacuer ce genre de frustration. Donc on y pensera tout à l’heure de fait, lorsqu’on va se retrouver sur scène (Live Report – BIG Live 2 ici) et qu’on jouera cette chanson encore une fois. Mais aujourd’hui on essaye de faire avec…

Et y a autre chose que je trouve un peu étrange et inquiétant : on ne devrait pas mais, mine de rien, on commence à s’habituer à ces choses-là. Du coup ce qui m’a surpris -très personnellement- quand j’ai appris ça, c’est ma propre réaction. Le fait de me rendre compte que, malgré l’horreur et la surprise, je n’étais pas si atterré  que ça. C’est ça qui m’a le plus inquiété. Si j’étais optimiste je dirais que c’est peut-être le meilleur moyen aussi d’accepter un nouvel état des choses, de se dire qu’il vaut mieux s’y préparer.

TWT : Est-ce que certains de vos concerts été ont été annulés dans votre tournée ?

Arthur : Justement on doit jouer à Nice le 26 juillet [Le Nice Music Festival a été annulé entre temps, ndlr]. On ne sait pas encore.

Clément : Ils ont dit qu’ils annulaient les évènements culturels.

Séb : Je pense que pour nous ce serait compliqué de jouer sur la Promenade des Anglais…

 

 

TWT : C’est le moment de véhiculer de l’art, de la culture ? De se rapprocher encore un peu plus du public ?

Séb : Quand y a eu les attentats en novembre, on s’est posé le même type de questions. On ne savait pas si on devait jouer. C’est toujours un peu compliqué. A l’époque on a eu beaucoup de discussions entre nous…

Arthur : On l’a appris en sortant de scène, le soir du 13 novembre. Et on jouait le lendemain à Saint-Lô en Normandie.

Séb : On a beaucoup réfléchi avec toute l’équipe et avec les autres groupes qui jouaient. Et on a tous décidé de jouer. Parce qu’on pensait que c’était quelque chose d’important. Je pense que l’art comme tu dis, pour le public et pour les musiciens, et pour tous les gens qui travaillent sur les festivals, c’est aussi  un moyen de sentir qu’on n’est pas tout seul. Je pense qu’on jouera, on continuera à jouer quoiqu’il arrive. C’était un moment très très fort pour tout le monde !

Arthur : Après tu vois en novembre, la question s’était imposée à nous de manière beaucoup plus frontale. Parce que ce qui avait été attaqué, c’était la musique très directement, le fait de célébrer ensemble la musique. Là on est quand même plus désemparés, parce que c’était une grande fête nationale. On a l’impression, en en parlant maintenant, d’être  moins légitimes. Notre parole elle ne vaut rien là. Aujourd’hui on pense comme n’importe quel artisan qui dit « Faut continuer à entretenir ce lien entre nous, essayer d’entretenir cette gaieté et cette joie. »

TWT : Le moment le plus fort que vous ayez partagé en concert, c’était justement celui-là ?

Séb : Ça c’était un des concerts les plus forts. Ouais ça c’est sûr.

TWT : Vous avez un souvenir particulier d’un autre concert ?

Arthur : Alors dans des conditions plus heureuses : on a joué à La Réunion l’été dernier… entourés de grands arbres et au bord d’un lagon magnifique ! Et puis là depuis quelques semaines on fait le tour des festivals d’été. C’est incroyable ! A Montreux, au bord du Lac Léman… On a joué à Musilac au bord du lac d’Annecy…

Séb : … on a joué aux Nuits de Fourvières aussi récemment. C’est un festival qui est à Lyon dans le théâtre antique…

Raphaël : …le Théâtre de la Mer aussi à Sète…

Séb : Là les festivals à chaque fois, c’est des endroits assez spéciaux, souvent très beaux et avec  des artistes qu’on admire. Ce soir on va jouer avec Pharrell Williams ! (rires)

Arthur : Grosse pression !

Séb : Nous on est quand même un petit groupe. Donc de se retrouver sur la scène, comme ça, avec une grosse star, ça nous stresse et en même temps je pense qu’on s’en souviendra.

Clément : Même hier soir les Francos ! Complet. 10000 personnes. Enfin tu vois c’est hyper impressionnant quoi ! On va de surprise en surprise là sur cet été… De plaisir en plaisir !

Arthur : Puis on prend des leçons, parce que le reste de l’année on n’a pas l’occasion d’observer des groupes plus avancés que nous, sur scène. Sur un festival  tu rencontres d’autres gens. C’est aussi cool de trouver un genre de fraternité avec d’autres groupes de notre génération. Et aussi d’observer les plus vieux sur scène, parce que t’apprends quoi ! Tu prends vraiment des cours, tu te dis « putain ok. Y a du chemin à parcourir ! » Et même des groupes dont la musique nous touche pas particulièrement : la façon d’habiter la scène, de jouer… Y a toujours des tas de choses à apprendre de tes collègues.

 

 

TWT : Arthur, dans les concerts tu assures les transitions en prose…

Arthur : Comme PPDA !

TWT : Est-ce que c’est improvisé ?

Séb : « Sans transition ! »

TWT : Est-ce que c’est animé par le lieu, par des éléments particuliers ?

Arthur : Pour être honnête c’est vraiment un mélange. Parce qu’à force je me suis constitué comme un cadre, de chanson en chanson. Et au milieu j’essaye que ça ne soit pas trop écrit. Donc y a des soirs où je suis un peu plus sur mes automatismes, comme on dit dans le football (rires)… et d’autres où je suis plus libre. Et c’est ces soirs-là qui sont les meilleurs. Mais oui j’essaye de jouer un peu avec l’endroit, l’instant… Après y a des conditions plus favorables que d’autres pour être libre de son discours. Jouer devant 15000 personnes, c’est pas forcément facile. Parce que c’est dur d’avoir une intimité avec autant de gens. Donc ça dépend des jours, ça dépend de l’endroit.

TWT : Pour ce soir c’est en place ?

Arthur : Je ne sais pas on va voir ! J’essaye de faire que ce ne soit pas tout à fait écrit ! Donc y a des soirs où ça se plante, y a des soirs où c’est cool.

Séb : C’est ça qui est bien !

H. Wallis The Death of Thomas Chatterton

« La Mort de Chatterton », Henry Wallis (1856)

TWT : Vous avez choisi de rendre hommage à Thomas Chatterton dans le nom du groupe. Pourquoi ce poète en particulier ?

Arthur : Alors ce n’est pas dû à sa poésie…

Séb : Pour être honnêtes on ne le connaissait même pas quand on a choisi ce nom…

Arthur : Mais on l’a pas choisi par hasard ! C’est parce qu’on est tombés sur un tableau qui le représentait. C’est drôle de se dire qu’on a choisi le nom d’un poète qu’on a connu non par sa poésie, mais par …

Séb : … son image ! C’est vraiment par son image. Par sa peinture, et son histoire qui peut être morbide au premier abord, mais qui est devenue une sorte de symbole d’une poésie qu’on admire beaucoup : la poésie romantique. Et qui a été utilisée après par Bashung [album de 1993, ndlr], Gainsbourg [chanson de 1967, ndlr], comme une référence. Donc ouais c’est assez drôle parce qu’on est un groupe qui est très centré sur les textes, mais pourtant on n’a pas choisi notre nom directement à cause des textes…

Arthur : Bon là je vais théoriser un truc qu’on n’a pas du tout réfléchi… Mais finalement c’est assez révélateur : on a choisi le nom d’un poète à cause de son image et ce qu’on fait, ce qu’on essaye de faire, c’est souligner, porter le texte par une écriture assez cinématographique de la musique. Donc y a vraiment les deux aspects. Les textes sont d’abord des images, la musique vient souligner ces images. L’aspect visuel est primordial aussi.

 

 

TWT : Est-ce que vous voyez le slam comme une représentation moderne de la poésie ?

Arthur : Non pas du tout ! Je trouve ça vraiment ringard ! (rires) Non c’est vrai !

Séb : Je suis d’accord avec lui ! Le hip-hop l’est beaucoup plus !

Arthur : Je l’ai pratiqué… Simplement je pense que c’était à défaut quoi. J’ai pas d’outil, je suis pas musicien. Maintenant globalement le slam c’est une hybridation, c’est un entre-deux qui veut rien dire je trouve. Parce que pour faire du slam, il faut écrire comme du hip-hop, mais sans musique. Si tu mets de la musique dessus on dit que c’est du hip-hop. C’est une sorte de sous-genre limité. Une sorte de bonsaï… Un cheval nain ! (rires) … Un truc qui peut pas grandir. Je dis ça… C’est un peu moqueur ! Moi j’ai commencé par écrire. Je déclamais mes textes tout seul. Quand tu commences à faire de la musique avec tes copains, ou avec n’importe qui, c’est idiot de se limiter, de se dire « ben non moi je ne chanterai pas, je dis le texte. ». La musique te pousse. Quand tu découvres la musique, c’est vraiment comme une jungle que tu vas essayer de défricher. Tu vas avancer. C’est une quête infinie. Tu commences en parlant -moi j’ai commencé comme ça parce que j’ai pas d’autre arme-. Et puis petit à petit tu te dis « c’est incroyable » : y a l’harmonie, y a le rythme, y a la mélodie, y a l’accord, et donc tu te mets à chanter…

Raphaël : …ou à rapper ! Y a un chant dans le rap qu’il n’y a pas dans le slam en fait. Le rappeur il prend en compte l’environnement musical. Pour le slameur la musique c’est une ambiance, mais il s’interdit de l’écouter. Parce que s’il commence à jouer avec elle, s’il commence à jouer rythmiquement autour d’un groupe de batterie ou de basse, ben dans ce cas il devient rappeur et ça devient du hip-hop.

Arthur : On est rentré dans des considérations un peu techniques, mais c’est surtout qu’en réalité, ce n’est pas un genre qui a des interprètes faisant preuve de modernité. C’est tout. Dans le hip-hop y a beaucoup plus d’audace, de modernité. Y a, formellement, de grandes audaces. Y a une telle émulation, de nouveaux mots tous les jours, une façon de raconter le monde assez nouvelle aussi, d’être au cœur de l’actualité ! Ça veut dire que demain ton texte il vaudra plus rien parce que tu cites des faits très précis et très limités, que tout le monde ne peut pas comprendre. Moi je trouve ça beaucoup plus audacieux. C’est beaucoup plus puissant.

TWT : Plusieurs genres musicaux influencent votre musique : le jazz, le rock, la new wave… quelle part tient chacun de ces styles dans votre musique ?

Séb : Ça c’est difficile à dire pour nous. Mais je pense que tous ces styles sont mélangés parce qu’on a tous des influences différentes dans le groupe. On  va piocher dans les styles qui nous touchent. Et ça peut être aussi directement lié aux instruments, au matériel qu’on a sur le moment pour composer. Donc tous ces styles : chacun les a apportés. Maintenant c’est une sorte de grand mélange et quand on écrit la musique on les met tous dans le même sac, puis on mélange et on voit ce qu’il en ressort.

 

 

TWT : Feu ! Chatterton c’est aussi le style visuel, c’est le dandysme. Question de la plus haute importance : pourquoi tu es seul à porter le costard Arthur ?

Séb : Je pense qu’en réalité tout le monde essaie de porter ce qu’il aime sur scène. Et Arthur a, depuis le début, cette forme de solennité par rapport à la scène qui l’a poussé à mettre le costard. Alors les autres s’habillent différemment. Clément il peut mettre plutôt -ouais on ne dirait pas comme ça (rires)- mais il a un manteau en cuir. Chacun va mettre un peu ce qu’il pense être à son image et ce qui raconte aussi indirectement le groupe. On parlait des styles musicaux, ben chacun s’habille un peu selon ce qu’il pense être la bonne façon d’être solennel et d’être le plus représentatif de ce qu’est le groupe pour lui…

Arthur : …et de ce qu’il est aussi ! En fait, on a tous exacerbé la personne qu’on aime être dans les plus belles circonstances. Comme on aime être le plus beau, on a présenté notre plus beau profil. Comme les gens le font sur Facebook, mais sur scène ! C’est sans doute parce que je suis le plus dans la lumière et devant qu’on a l’impression qu’on est un groupe de dandys. On ne dément pas ça, parce qu’il y a une part de dandysme. On est influencés par le dandysme dans l’écriture, dans la posture parce qu’y a un romantisme et une désinvolture qui étaient propres au dandysme à la fin du 19ème siècle. Ça on ne le dément pas, c’est vrai. Mais pour ce qui est du style, pour nous ce n’est pas si important que ça.

Clément : Le dandysme il arrive comme ça de façade, un mec qui entre sur scène avec une moustache… Mais c’est plus du second degré. Y a de l’humour aussi dans ce costume trois pièces. J’avoue on a de l’humour, mais pas au point d’être tous les cinq comme ça ! (rires)

Arthur : J’ai beaucoup de premier degré dans mon costume ! Mais l’intention portée au détail n’est pas si grande. Le costume trois pièces noir et blanc, finalement c’est assez sobre. Avant le prêt-à-porter, tout le monde portait ça. Les tenues de travail c’était ça quoi !

TWT : Vos projets ? Est-ce que vous avez un album en préparation ?  

Séb : Ben on commence à y réfléchir. Pour l’instant il n’est pas dans les cartons directement. Donc on aimerait bien commencer à travailler dessus à l’automne…

TWT : On a une question fétiche : celle de la cassette. Est-ce que vous avez un souvenir d’enfance avec une cassette audio ?

Arthur : On enregistrait nous à l’époque sur Skyrock !

Clément : On enregistrait des titres. Après du coup quand tu réécoutais les compils que tu faisais à la main t’avais les fins des autres morceaux, les pubs et tout. C’était trop bien…

Raphaël : Moi j’avais une super cassette d’Henri Dès … (rires)

Arthur : … moi j’ai le souvenir de Hold-Up du 113 sur cassette !

Clément : … J’avais un enregistreur, je faisais les premiers trucs que j’enregistrais de guitare et puis je pouvais faire des pistes en plus et tout !

Raphaël : Y avait pas des MD [Minidisques, ndlr] ?

Clément : Non je n’ai jamais eu moi ! Mais je suis passé de cassette à CD direct ! C’était un truc de bourgeois ça ! (rires)

Raphaël : C’était trop bien, c’était joli les MD ! Tu pouvais brancher un micro directement !

Clément : Les premiers albums… Avec Henri Dès ! (rires)

 

Interview réalisée en collaboration avec Eline Erzilbengoa et Ludovic Séré.

Photo de couverture : Fanny Latour Lambert.

 

Plus sur Feu! Chatterton :

  • Les dates de la tournée ici !
  • Le live @ Francofolies 2016 :

 

 

  • Monte Le Son, le doc :

 

Partage
Tweet about this on TwitterShare on Facebook

par

le 6 août 2016

Lire les articles précédents :
© Sarah Bastin
Live report : Les Nuits Secrètes – Jour 1

Cette année, le secret le mieux gardé du Nord Pas De Calais fêtait ses 15 ans. La petite commune d’Aulnoye-Aymeries...

Fermer