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Review : The Kills – Ash & Ice

Alison Mosshart et Jamie Hince ont sorti Ash & Ice, leur cinquième album, chez Domino Records. Entre le familier et le renouveau, le duo livre un disque inégal mais honorable et franc. Alors que les précédents albums étaient principalement caractérisés par une exploration des possibilités musicales à partir d’un éventail d’instruments limité (une guitare crade, une batterie, quelques arrangements), Ash & Ice frappe d’emblée par sa production plus fine.

Les premiers albums de The Kills sont franchement rock’n’roll, il y flotte une odeur de garage, de sueur et de cambouis. Dans Ash & Ice, même si les guitares conservent de leur saleté, l’ensemble n’a assurément pas tout à fait la même odeur – il y règne davantage quelque chose de l’ordre de la propreté. Pas d’inquiétude cependant : les riffs de guitare aux colorations blues, leur fameuse texture écorchée, et l’énergie parfois viscérale des parties vocales d’Alison Mosshart, bien que plus rares, demeurent. Plusieurs morceaux conservent l’âme rock qui sied aux Kills, en particulier Heart of a Dog ou Whirling Eye, placé en clôture.

Les Kills recourent d’une part à des recettes familières, et certains s’en féliciteront, mais l’apport assez marqué de parties électroniques d’autre part ne peut passer inaperçu. Jamie Hince l’explique par les séquelles d’une blessure à la main qui lui firent croire qu’il lui faudrait abandonner la guitare, et le firent donc se concentrer sur les claviers et sur les samples, en attendant de retrouver, en partie seulement, la souplesse de sa main. Le changement s’entend dès le premier, et meilleur (?) morceau du disque, Doing It to Death, qui attaque très fort et malgré son titre, jouit d’une grande vivacité.

La grande force du disque réside d’ailleurs dans les morceaux phares qui avaient été révélés avant la sortie : Doing It to Death (voir l’article thewebtape ici), Heart of a Dog et Siberian Nights. Au passage, dans ce dernier, les cordes stridentes auraient sans problème pu servir de bande-son pour un Hitchcock, même si le refrain apporte comme une rémission dans l’atmosphère tendue du morceau. Fort heureusement, la liste des bons morceaux ne s’arrête pas à ce triptyque promotionnel. On note une belle réussite avec Days of Why and How, sur fond de boîte à rythme minimaliste héritée des eighties, et une très belle ligne de chant. Hum For Your Buzz séduit un peu moins, mais son accroche guitare-voix très blues, très épurée, marque un beau tournant au milieu du disque. La ballade au piano, That Love, tout aussi modeste instrumentalement parlant, tire parfois vers le gospel, avec des paroles dédiées à l’échec de l’amour, et une posture réflexive, qui véhiculent une sorte d’intensité maudite. En revanche, Bitter Fruit et Black Tar, en dépit de quelques petites fulgurances, s’illustrent surtout par leur monotonie, et Impossible Tracks ne s’élève pas véritablement au-dessus de son allure de morceau rock ordinaire.

Bien qu’il n’ait jamais la hargne de ses prédécesseurs, et qu’Alison y semble vocalement plus dans la retenue, Ash & Ice demeure bien un album de The Kills. Le duo élargit ses horizons, multiplie ses influences, avec plus ou moins de réussite certes, mais, c’est l’essentiel, sans complaisance. On ne saurait reprocher à quiconque de chercher à apporter un peu de renouveau à son art, encore moins de ne pas trouver la bonne formule dès le premier essai en ce sens. Malgré la faiblesse de certains morceaux, il reste encore un éclat indéniable au duo, et à n’en pas douter, leurs lives seront toujours aussi solides. Avec 13 morceaux, prouesse assez rare à notre époque, The Kills prend inévitablement le risque de perdre en dynamisme, de proposer une tracklist en dents de scie. L’album est donc inégal, mais il serait tout simplement injuste de leur en vouloir après 15 années de brillantes collaborations, et plusieurs albums qui ont pris place parmi les classiques du rock moderne.

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le 6 juin 2016

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