Samba-De-La-Muerte

Review : Samba de la Muerte – Colors

Profitons de ce que Samba de la Muerte publie chez Yotanka son premier album, Colors, (sortie 18 mars 2016) pour mettre en lumière son œuvre déjà riche et singulière. Adrien Leprêtre, également membre de Concrete Knives (et de Kuage, avec son ami Superpoze), mène d’une main de maître son projet personnel depuis plus de 5 ans. Après des débuts dans un registre folk, et un premier EP homonyme (sorti en 2012) où la guitare classique et des percussions minimalistes étaient mises en exergue, la musique de Samba de la Muerte prenait un premier virage assez franc avec le second EP, sobrement intitulé 4 (sorti fin 2013), dont les compositions étaient devenues folktronica : les guitares cédaient de plus en plus la place aux claviers et aux boucles, tandis que les percussions et les basses prenaient une place substantielle. Son premier album, Colors, marque encore une métamorphose de sa musique. Le principe qui y préside est celui de l’exploration, ce qui nous mène cette fois dans des contrées électro-pop. Pour pouvoir accueillir la musique de Samba de la Muerte en lui faisant justice, il faut donc l’écouter sans préconceptions et sans filtres, s’ouvrir à ce que chaque nouvel enregistrement propose : on y reconnaîtra alors ses mélodies pures et les petites touches surprenantes qui viennent parsemer les morceaux depuis les débuts.

Chaque production de Samba de la Muerte propose donc une musique qui se réinvente en permanence. L’album est d’ailleurs pensé comme une succession d’images du monde et, si la comparaison nous est permise, on décèle dans la diversité des ambiances qui y sont convoquées une parenté avec l’éclectisme des « Tableaux d’une exposition » de Moussorgski. Ses compositions, pourtant écrites et enregistrées en grande partie dans le tout petit home studio de l’appartement d’Adrien, ont souvent l’ampleur des morceaux de la scène anglo-saxonne. Adrien y expose l’héritage d’une grande culture musicale contemporaine, de Sufjan Stevens à Flavien Berger (même si cet éventail reste réducteur), et y cultive une forme de discontinuité, un désir de démarcation. Les compositions globalement plus électro de Colors sont traversées par une énergie vive et désinhibée assez contagieuse : on entend l’Afrique sur Tanger, ou L’Aber, l’Orient sur You’ll Never Know When I Lie et Ghadir, un peu de funk dans L’Aber, un peu de lyrisme dans les envolées de La Roche, et même quelques échos électro-disco sur l’instrumentale Love Song. L’album Colors, avec son morceau éponyme, nous fait parcourir des univers distincts et pourtant faits dans le même moule. Il possède le don de donner envie de danser tout en évoquant des sujets graves ou personnels, comme si sa musique incarnait le paradoxe de la vie, force vive et impérieuse malgré ses difficultés intrinsèques.

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Lauréat du FAIR 2016, comme The Dø, François and the Atlas Mountain et beaucoup d’autres, Adrien et son groupe Samba de la Muerte ont pu obtenir une partie de l’attention et du soutien qu’ils méritent. Mais on leur souhaite de développer leur projet afin de pouvoir donner à un plus large public le privilège de découvrir un talent créateur à la fois expérimental, libre et aventureux, et désireux de ne pas demeurer une marotte d’érudits de la musique actuelle. L’univers de Samba de la Muerte ne demande qu’à s’ouvrir à un plus grand nombre, à prospérer et à se répandre. Quiconque écoutera Colors pourra goûter le plaisir du travail bien fait, sentir les relents de terre et percevoir des bribes des rêves qui animent Adrien. On ne saurait enfin que recommander de les voir en concert pour apprécier leur énergie communicative et leur générosité.

Pour écouter l’album en exclusivité avant sa sortie le 18 mars c’est ici ! Puis il sera disponible un peu partout sur internet.

Les +

  • Inventivité
  • Couleurs

Les –

  • Le morceau « The Beat »

Note : 4.5/5

 

Crédit photo : Ben Pi

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par

le 17 mars 2016

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