rdtse 2016

Live Report : Le Rock Dans Tous Ses États

Le festival ébroïcien Le Rock Dans Tous Ses États présentait pour sa 33e édition une programmation qui faisait place égale au rock, au hip-hop ou à l’électro, avec cette année des têtes d’affiche comme les kings du hardcore US, Converge, mais aussi les trublions du hip-hop français Casseurs Flowters ou encore les légendes du rap old school, Method Man & Redman. Retour sur une sélection de concerts.

Vendredi 24 juin

Après un léger contretemps à l’entrée du festival, j’arrive juste avant le début du set des américains de Destruction Unit. Le groupe s’est fait un nom sur son style cradingue, entre le garage, le noise et le crust : les 3 guitares gorgées de fuzz rugissent, entraînées par une batterie frénétique, et poussées par un chant hurlé. Difficile en live de distinguer les lignes des morceaux, mais le groupe a rempli son contrat et s’est donné pour le public déjà assez nombreux. Cette année, la 3e scène de RDTSE faisait son retour, et malgré les désagréments liés aux sons qui se chevauchent, cette 3e scène offre une alternative à ceux qui n’apprécieraient pas les groupes des scènes principales. J’y ai écouté l’électro vintage du jeune groupe havrais NUIT. Leur musique ténébreuse fait se croiser les années 80 et ses réécritures plus modernes, comme chez Suuns. Malgré une mauvaise sonorisation, NUIT a présenté un set déjà maîtrisé, fondé sur des sonorités en vogue et une belle production. En vieux routards du folk à la française, les rouennais de La Maison Tellier ont livré de belles ballades au parfum de western. Des morceaux acoustiques qui, s’ils ne suscitent pas l’éblouissement, tiennent tout à fait la route. Sans fioritures, le quintette a livré un beau concert sous le soleil de l’hippodrome.

Grand Blanc a pris le relai pour une atmosphère radicalement différente. Ici tout est fait de machines, de synthétiseurs, de batteries électroniques et de guitares saturées. Alors que le soleil inondait toujours la scène B, les lorrains ont joué avec brio et justesse leur cold wave parfois glaciale et inquiétante, et nous ont donné un des meilleurs moments de cette soirée. Les Naive New Beaters ont alors débarqué en pleine forme, et ont mêlé leurs succès plus anciens à leurs dernières sorties. Le son était soigné, les plaisanteries loufoques fusaient, et le public leur en a su gré. Un show décalé et drôle qui a accompagné des morceaux volontairement naïfs et simplistes, mais dont l’énergie est communicative.

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                     Grand Blanc                                                                                                         Naive New Beaters

 

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Aaron

Odezenne a poursuivi avec sa musique qui défie les classements et les règles. Textes décomplexés parfois poétiques et parfois vulgaires, beats efficaces : la recette séduit de plus en plus d’auditeurs. Le live a galvanisé la foule, et certains ont continué de chanter « je veux te baiser », un des morceaux phares du trio, après la fin du concert. On espère que leurs désirs se sont concrétisés. L’heure de la nostalgie a sonné avec l’arrivée de Louise Attaque sur la grande scène. Au-delà des considérations musicales qui n’engagent que mon goût et mon avis, le groupe a réussi son retour en rassemblant un très large public qui, toutes générations confondues, connaissait les paroles des morceaux du premier album, sorti en 1997 ! Le groupe a bien sûr sorti l’artillerie lourde avec ses tubes inévitables, mais a également balayé l’ensemble de sa discographie. Difficile de ne pas constater que les dernières productions manquent un peu de génie. Mais le public les a suivis et est reparti avec un souvenir fort, c’est sans doute là l’essentiel. Le duo AaRON est venu présenter les évolutions profondes de son projet. Il a laissé derrière lui le rock du premier album Artificial Animals Riding on Neverland et de son célèbre « U-Turn (Lili) » pour une atmosphère définitivement électro-pop sur We Cut the Night. Puisant abondamment dans les sonorités des premières musiques électroniques, avec des touches marquées de Dépêche Mode par exemple, AaRON a donné un concert plein d’élégance, appuyé par une mise en lumière très réussie.

Samedi 25 juin

Le deuxième journée a commencé par un croisement entre la Scandinavie et l’Amérique avec le suédois Bror Gunnar Jansson. Seul sur scène avec sa guitare et ses percussions jouées au pied, Jansson a exécuté avec perfection des compositions tantôt très country dans la veine la plus classique et la plus efficace, tantôt des morceaux folk sombres bercés dans le grand nord. Une très belle entame pour la journée du samedi. Dans un registre très éloigné, les montpelliérains de Perfect Hand Crew ont secoué la scène A grâce à leur grime chaloupé. Sur des beats irrésistibles et des samples qui font mouche, les deux rappeurs assistés d’un DJ habile ont posé leur flow en anglais avec audace et une certaine dose de dérision. Difficile de ne pas hocher de la tête sur des compositions turbulentes comme « Go’n Go’n Go ». Les hollandais de Dollkraut nous ont offert un détour par l’époque dorée du kraut rock, à la sauce moderne. Le trio a livré avec beaucoup de sobriété et de spontanéité un set où les grooves hybrides et les basses entêtantes ont remporté l’adhésion des festivaliers qui s’étaient rassemblés devant la scène B.

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Hyphen Hyphen

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Method Man & Redman

Les parisiens de Papooz ont eux aussi joué devant une foule compacte, séduite par une légèreté et une aisance scénique indéniables, par des compositions à la fois blues et tropicales jouées avec une classe digne des plus grands, et par des mélodies originales et sensuelles, en un mot : un moment rafraichissant. Les Hyphen Hyphen ont surfé sur la vague de leur succès actuel et sur leur réputation de bêtes de scènes. Les quatre jeunes musiciens se sont donnés corps et âmes, quitte à faire parfois un peu de zèle et à flirter dangereusement avec certains poncifs de scène, masquant peut-être la banalité relative des morceaux. Mais leur fougue leur a valu des acclamations nourries. Les intrépides et hyperactifs Casseurs Flowters ont chauffé le public à blanc. Le set a défilé en un éclair, et la mise en scène a largement contribué à faire sauter les festivaliers qui avaient alors atteint leur pic – en nombre et en effervescence. Un moment chaud où tout le monde s’est lâché ! Les américains de Converge sont alors passés avec leur rouleau compresseur hardcore. À peine remis de la vague hip-hop du concert précédent, certains n’ont pas pu se relever après la vague assourdissante et enragée de Converge. Une démonstration de puissance et de technique par un groupe qui a fédéré des milliers d’auditeurs en plus de vingt ans de carrière. Le clou de la soirée est arrivé avec les légendes du rap, Method Man & Redman. Malgré les années qui ont passé, ils ont donné un vrai show à l’américaine. Les deux hommes, venus avec du renfort et des invités de prestige, n’ont pas ménagé le public de fidèles et de néophytes. Ils ont clamé haut et fort leur place dans le paysage rap, mais n’ont eu nul besoin de rappeler qui sont les patrons. Seul bémol de ce set percutant : les morceaux n’étaient jamais joués entièrement, mais agencés en une sorte de medley d’une heure. Les deux rappeurs ont sans doute voulu nous en donner pour notre argent, ce qu’on ne saurait leur reprocher !

Crédits photo : B. Darcy, page facebook du RDTSE

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le 27 juin 2016

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