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Live report : La Route du Rock 2016 – Dimanche 14 août

Récit du 3ème et dernier jour sur le site du Fort Saint-Père. On fait le plein de sensations nouvelles grâce à une programmation placée sous le signe du punk, du rock psyché et de la pop baroque.

Les portes du festival à peine ouvertes, Morgan Delt et ses musiciens entrent sur la Scène des Remparts. En 2014, le californien a sorti un premier album éponyme qui avait retenu l’attention de quelques critiques grâce à des morceaux foisonnants (pour ne pas dire foutraques) aux sonorités pop psychédéliques. C’est dans ce même esprit qu’il a concocté son second album, Phase Zero (Sub Pop), dont il est venu faire la promotion, avant sa sortie en fin de mois. Truffés d’effets en tout genre et travaillés avec minutie, les morceaux Tropicana, Barbarian Kings ou I Don’t Wanna See What’s Happening Outside pour ne citer qu’eux, garantissent une ambiance vaporeuse et planante. La musique solaire de Morgan Delt est servie par une météo au beau fixe, les festivaliers semblent conquis. Si ces dernières années le genre psychédélique est une source d’inspiration pour de nombreux artistes, ils ne sont qu’une poignée à sortir du lot. Après Tame Impala et Jacco Gardner – deux influences parfaitement assumées – Morgan Delt promet de faire perdurer le genre.

Le terme de musique expérimentale est sans doute le plus approprié pour décrire l’univers musical de Julia Holter. D’album en album, la jeune américaine explore sans limite les potentialités offertes par les genres pop, jazz et classique, en faisant cohabiter instruments traditionnels et musique électronique. Le titre Feel It, extrait de son 4ème opus Have You in My Wilderness (Domino), avec son clavecin baroque et ses partitions de contrebasse, en est le parfait exemple. Il est d’ailleurs l’un des morceaux phares de son set, au même titre que le plus pop Everytime Boots, qui apporte une touche de fraîcheur vivifiante, et l’angoissant Horns Surrounding Me. Julia Holter est peu expressive et reste à bonne distance de son public. Tapie derrière sa froideur naturelle et ses longs cheveux, elle cultive le mystère. Cette fille a une voix puissante et fascinante. Elle est le coup de cœur de la soirée.

Si comme moi vous n’aviez pas entendu parler de Lush avant de venir à la Route du Rock, sachez que le groupe vient tout de juste de se reformer après 20 ans d’absence. Pour la petite histoire, Lush est un groupe de rock britannique qui a connu son heure de gloire dans les années 90, avant de se séparer suite à la mort brutale de son batteur. Le groupe est considéré comme l’un des fondateurs du mouvement musical shoegazing (ou l’art de jouer en regardant ses chaussures). Le trio originel, composé de Miki Berenyi (guitare, chant), Emma Anderson (guitare) et Phil King (basse), est accompagné sur scène du batteur Justin Welch du groupe Elastica. Après Slowdive en 2014, et Ride en 2015, les musiciens de Lush sont les revenants de l’année. Même si on n’est pas fan de la musique « réchauffée », on se doit de saluer le courage du trio, qui n’a pas hésité à troquer vie rangée contre un bon shoot d’adrénaline.

A notre grande surprise, c’est sur les airs de garage rock signés FIDLAR que le public se décoince réellement. Fidlar, dont le nom est l’acronyme de « Fuck It Dog, Life’s A Risk », est formé par les frères Kuehn en 2009. Très vite ils créent le buzz grâce à leur titre de punk lo-fi Cheap Beer. Quelques années après, leur musique n’a rien perdu de son côté DIY, tout comme leur prestation scénique. Le groupe californien, qui semble très attendu, est accueilli par des applaudissements chaleureux et nourris. Pendant 1h, les titres s’enchaînent de manière frénétique : Why Generation, 40oz. On Repeat, West Coast. Ça sent bon les dimanches après-midi à traîner avec les copains au skate park.

La prestation des Fat White Family a assouvi tous les manques. Plus rock’n’roll que jamais, Lias Saudi et ses comparses ont enflammé la scène. Leur apparition est comme un grand moment de lâcher-prise. Sans jamais trop savoir s’ils sont au bout d’eux même, désabusés, désespérés ou bien en état de grâce, ils interprètent avec brio leurs titres sombres – un condensé de leurs deux albums Champagne Holocauste, et Songs For Our Mothers qui marque leur retour. Le set débute gentiment avec le titre évasif Whitest Boy On The Beach, puis le rythme s’accélère. Lias fait très vite tomber la chemise. Pour nous c’est un sans-faute.

Le phénomène Savages a pris de l’ampleur en très peu de temps. Découvertes en 2012 avec Husbands, les quatre rockeuses ont pris l’habitude de se produire en festival, et d’autant plus à la Route du Rock où elles sont déjà venues en 2012 et en 2015 – jamais 2 sans 3. Passées du statut de révélation à celui de groupe confirmé, les Savages distillent leurs productions post-punk avec assurance. Une fois encore, le quatuor mené par Jehnny Beth n’a pas démérité. Savages jouent leurs titres à un rythme effréné, comme The Answer dont le tempo est accéléré. Leur dernier opus est intitulé Adore Life, et nous on adore les Savages.

Prochain rendez-vous : la collection d’hiver de la Route du Rock.

Crédit photo ©Nicolas Joubard

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le 17 août 2016

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