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Live report: BIG Festival – BIG Live 1

Timides. Pudiques. Sonnés. Le 15 juillet, en temps normal c’est le lendemain de la fête nationale. Uniquement de la fête nationale. Ce 15 juillet-là, c’est le lendemain de l’attentat de Nice. Alors les esprits cherchent  encore un peu plus, en ce vendredi soir de BIG Festival, à se vider. Mais le cœur n’y est pas vraiment.

Le terrain d’Aguiléra, là où se déroulent les deux soirs du BIG Live, peine lui à se remplir. Les mises en garde et les mesures de précaution, les fous de la veille et les fouilles de l’entrée empiètent sur le capital d’enthousiasme constitué depuis les débuts du festival. Chacun y va probablement de sa vision du monde et de l’amour. De l’importance de la musique pour faire face à l’obscurantisme. Certains laissent esquisser des sourires, tentent –toujours timides- de favoriser la cohésion au pied de la scène.

On essaie tous, plus ou moins, de remettre en marche la machine sensorielle. Se rouvrir aux artifices de joie via les petites connexions entre nos petits neurones. 18h45 : nos synapses sont réactivées.

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SYNAPSON

Il est 18h45 lorsque les premières notes de Synapson résonnent à Aguiléra. Un peu tôt peut-être pour démarrer un live… Un peu tôt aussi pour se mettre à danser de suite. Sous le choc encore des évènements de la veille, on préfère s’asseoir sur la pelouse. L’ambiance est calme, certes, mais on apprécie.

Djon Maya d’entrée de jeu nous apaise. « Bonsoir Biarritz », nous lance Paul. « On est très attachés à cette ville vous le savez, en plus là on fait un petit concert privé » plaisante-t-il. Le duo, créé à Biarritz, est comme ici chez lui. Paul et Alexandre se sont déjà produits plusieurs fois au BIG Festival notamment à la BIG Boite l’an dernier. Le show est différent, les deux DJs ont fait appel à des guests pour assurer le concert.

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Le jeune chanteur Sirius Trema pour commencer. Il assure la touche rock, guitare électrique en main, reprend la partie chant de Fireball et tente de faire lever la foule. Petit à petit l’enceinte du BIG Live se remplit. Synapson enchaine les titres avec leurs chanteuses originales présentes sur scène. L’incontournable All In You avec Anna Kova et le dernier en date Blame Down avec Tessa B. Dernier invité et non des moindres, Benjamin Diamond rejoint la scène. Look de tennisman, short blanc, polo rouge, il assure la touche « groovy », reprend “Music Sounds Better With You” de Stardust

Le live de Synapson se termine sous les percussions d’Alexandre et un hommage au DJ qu’ils admirent,  Joris Delacroix. Sous les derniers applaudissements, Paul conclut : « Le contexte n’est pas facile mais il faut continuer de danser ensemble ». C’est ce qu’on a fait.

THE KILLS

Le champ commence à donner de la voix : la foule grossit. 20h20, Alison Mosshart (dite « VV ») et Jamie Hince (surnommé « Hotel ») entrent en scène vêtus de noir. Rock oblige. La grosse caisse résonne, le premier verset se clarifie -« It’s been a long time coming… »- : Kissy Kissy en guise d’ouverture. Mosshart arbore des lunettes, noires là encore. Rompant avec son teint blême, et plus encore ses cheveux à la teinte blonde -faux air d’Hollysiz-. Elle scrute les gens, pendant son démêlé avec l’élastique qui étouffait sa crinière dorée. Dorénavant « VV », brin d’acier, sera bestiale. Tout en elle semblera à la fois dur et félin. Jusqu’à ses crachats multiples -probablement des boules de poil-, et sa difficulté à approcher l’eau pour faire passer le tout.

La section rythmique s’intensifie, le charleston retentit pour la première fois grâce à Black Balloon. Et l’attention se porte enfin sur l’autre moitié des Kills. « Hotel » fait des adeptes avec ses chœurs nonchalants et ses riffs minutieux à base d’arpèges réguliers. Eclaire la scène dans les quelques coins d’ombre laissés par son acolyte illuminée. Pas de place pour broyer du noir.

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La voix « garage rock » transpire l’inspiration Jack White (Tape Song, U R A Fever) avec qui Alison mène en parallèle le projet The Dead Weather. Mais la setlist explore aussi les récents virages « blues rock » des Black Keys (Baby Says, Heart of a Dog) avec effets distos et guitares amplifiées.

Coup de cœur du dernier opus Ash & Ice (voir Review TWT juste ) : Doing it to Death laisse entrevoir quelques nappes électro pour précéder la suite d’accords guitare. Subtile irruption, à l’image des volcans qui jonchent le fond de scène. La fusion opère tandis que Jamie Hince finit de servir ses effusions de frissons. Le poil se dresse. L’audience danse, saute, adhère, lance les chants sur les contretemps.

« VV » toise du regard, noir, un verre d’eau à la main –enfin !-. Et comme les chats n’aiment pas l’eau, c’est beau. Comme sa nouvelle posture : immobile, pensive. Mélancolique comme ce son d’orgue sur « Monkey 23 » pour clore les débats avant de rejoindre « Hotel ». Celui qui la sublime et l’élève au rang de lynx. L’œil perçant, l’âme inatteignable. Comme stable.

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THE LIBERTINES

Leur entrée sur scène ne pouvait pas avoir plus de signification en ce 15 juillet 2016. « All You Need is Love » des Beatles raisonne et les quatre garçons débarquent avec en tête Pete Doherty, guitare en main, prêt à envoyer les riffs. Rock attitude modérée, il nous montre son verre de coca et ouvre le bal avec «The Delaney ». Le groupe enchaine ensuite avec plusieurs titres de leur dernier opus « Anthem for Doomed Youth », sorti l’année dernière. Un retour en force, marqué par le très efficace « Gunga Din », plus de 10 ans après l’album « The Libertines ». Une longue absence, mais une complicité intacte entre Pete et Carl Barât. Ils se partagent le micro, échangent des regards, se tiennent par la tête, se parlent en français entre les chansons.

Comme au bon vieux temps. Celui du mythique « What Katie Did » et son intro addictive « Shoop shoop, shoop de-lang de-lang (sic) ». Celui, aussi, de la pépite « Can’t Stand Me Now » : sa ligne de guitare diablement efficace assurée par « Carlos », à laquelle répond l’instant harmonica jubilatoire de Doherty ! (Avant que celui-ci ne jette son instrument dans la foule !)

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Pourtant Pete s’effacerait presque. La vedette ce soir c’est Carl. Preuve en est dans le public : une banderole « Carlos U Rock » se lève lorsqu’il rejoint le piano. Pete au micro entonne magnifiquement « You’re My Waterloo ». Peut-être le plus beau moment du concert. Et bien que surviennent les élans rock du grand classique « Don’t Look Back into the Sun » -le solo de batterie de Gary Powell et les puissants riffs de Carl- on retiendra de la prestation des Libertines l’émotion qu’elle a suscitée. L’émotion d’un retour qui prend forme, d’une première à Biarritz -ils avaient dû annuler leur venue 4 ans plus tôt au cours d’une tournée chaotique-. L’émotion surtout lorsque Pete entame la Marseillaise au rythme de la caisse lourde frappée par Gary.

Ces quatre garçons-là nous ont d’abord semblé sur la retenue. Ils nous quittent avec un sourire immense. Mais avant de partir, Gary attrape une dernière fois le micro, exténué et en sueur. « Unité !!!» hurle-t-il sous les acclamations.

Des sourires, de l’unité : c’est tout ce qu’on voulait.

En collaboration avec/crédit photo : Eline Erzilbengoa.

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le 1 août 2016

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