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Live Report : Beauregard 2016 – Jour 3

Marqué par le retour de la pluie, ce dimanche à Beauregard, traditionnellement conçu comme la journée familiale, offrait une programmation musicale placée sous le signe de la diversité.

Grand Blanc

Le quatuor lorrain, habitué des météos humides, ne s’est pas laissé intimider par le climat normand et a donné un set duel, chaleureux de sincérité et pétri de sonorités new-wave froides. Après un début en tension, Grand Blanc s’est laissé emporter par ses compositions, des fils rythmiques étirés à la limite de la rupture, des structures droites et implacables qui conduisent à une transe électro, libératrice et cathartique – la chanteuse termine le dos nu et le chanteur torse nu. Avec son flow de voix continu, une récitation urgente plutôt qu’un chant, des voix très incarnées qui comportent des accents de Bashung ou de Rita Mitsuko, des couches de synthétiseurs exaltés, et une guitare électrisée, le groupe a donné une belle orientation à cette dernière journée.

 

Jeanne Added

La nouvelle sensation électro-rock française a donné un concert plein d’énergie et d’enthousiasme, avec quelques fragilités. Certains passages étaient convaincants et forts, avec des morceaux très rythmiques, gonflées de batterie et de pads, un son de clavier léché, d’autres passages pâtissaient de longueurs ajoutées aux morceaux pour le live, des incursions dans un récital pop, et des attitudes scéniques qui, sans le vouloir, brisaient le mystère. Son magnétisme n’a donc opéré que par intermittence, même si l’interprétation de « Look at Them » a par exemple été un moment poignant du concert.

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Lou Doillon

L’actrice chanteuse était tout sourire pour son concert en début de soirée : une sorte d’oxymore vivant puisque les morceaux de son album Lay Low baignent dans la mélancolie. Frêle mais élégante et assurée, comme sa musique, Lou Doillon a interprété ses morceaux avec beaucoup d’application. Elle a su retransmettre la part énigmatique de l’écriture de Timber Timbre, qui a produit son deuxième album, tout en y ajoutant la part radieuse de sa personnalité. L’artiste a su nous attirer dans son univers intime, et l’espace d’une heure, nous a bercés de sa jolie voix grave.

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Beirut

Grande émotion pour nous à la vue de Zach Condon, que nous avons tant admiré depuis la sortie de son Gulag Orkestar en 2006. Chef d’une sorte d’orchestre moderne avec batterie, trompettes, trombone, piano et accordéon, Zach a posé sur ses délicats arrangements sa voix vibrante et pénétrante. Dans un set tout en finesse, Beirut a enchainé à la perfection ses sublimes morceaux, du célèbre « Nantes », au charme mélancolique, au plus joyeux « Santa Fe », agrémenté de touches plus électroniques, en passant par « Gibraltar », tiré de son dernier album No No No. Une musique atypique, un charme et un talent naturels, un raffinement instinctif ont donné à sa prestation une beauté incontestable.

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PJ Harvey

Difficile de trouver les mots justes pour parler de ce concert tout simplement incroyable. Après une remarquable entrée en fanfare, littéralement, et l’impressionnant défilé des 10 musiciens entamant le morceau « Chain of Keys », le groupe se place sur scène et déplie avec une précision et une maîtrise musicale hors-norme un répertoire principalement tiré du dernier album, The Hope Six Demolition Project, beaucoup plus expérimental que les disques précédents, sans pour autant délaisser les monuments de son œuvre, tels que « To Bring You My Love », dont l’interprétation fut magistrale et frissonnante. Sur une scénographie extrêmement sobre, avec un décor de mur en béton qui s’élève en fond de scène à l’entrée de la troupe, puis se baisse pendant le dernier morceau, et sous des lumières très parcimonieuses, PJ Harvey et ses musiciens ont déployé l’art et la puissance d’un orchestre d’opéra, avec ses section cuivres, ses percussions, la vague des voix masculines. La diva anglaise, coiffée d’un admirable chapeau de plumes, gantée jusqu’aux coudes et vêtue d’une robe pourpre, ne se comporte pourtant pas comme telle : même si elle est l’âme de la bande, elle est aussi membre d’une équipe. La musique est au cœur du live. PJ Harvey parle peu, elle place tout dans la précision de la voix, et chaque morceau nous laisse en admiration devant la beauté des mélodies.

Cette huitième édition du festival Beauregard a donc tenu ses promesses une fois de plus, elle a réussi le pari d’offrir à tous des moments d’exception, avec des artistes grand public et des artistes plus pointus. Nous concernant, merci John pour le tiercé magique : PJ Harvey, Robert Plant, The Kills.

Crédit photos : page Facebook officielle John Beauregard

Texte de Gildas Lemardelé et Gwendal Demeslay

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par

le 6 juillet 2016

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